Marie-France Cauzit a passé plusieurs années dans le pôle finance d’un grand groupe avant de mettre son savoir-faire au service d’autres entrepreneurs. Aujourd’hui experte en temps partagé, elle explique pourquoi ce modèle séduit de plus en plus les dirigeants de PME.
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Après plusieurs années dans le pôle finance d’un même groupe, j’ai mis en place des outils pour automatiser des tâches chronophages et permettre à toute l’équipe de monter en compétences sur des sujets à plus forte valeur ajoutée. J’ai ensuite souhaité proposer cette expérience à d’autres entrepreneurs, créer un échange mutuel. Le partage du savoir-faire et du savoir-être est essentiel pour moi.
Comment définiriez-vous simplement la différence entre freelancing et temps partagé ?
Le freelance effectue une mission et la facture directement à son client, il doit créer sa propre structure. En temps partagé, on signe un contrat de travail avec une entreprise de portage salarial, qui établit une convention avec le client et émet les factures selon les indications du salarié.
Dans quelles situations une entreprise a-t-elle intérêt à faire appel à l’une ou l’autre plutôt que de recruter ?
Cela laisse du temps pour affiner le profil recherché et le besoin réel. Un entrepreneur peut croire qu’il doit recruter à temps plein pour anticiper une charge future, mais s’il existe un décalage dans le temps, il paiera un salarié à ne rien faire. Dans d’autres cas, il a besoin d’une double compétence qu’un salarié refuserait prendre en main à la fois le marketing et le commerce, par exemple, sans révision de salaire. Le freelance, lui, signe une mission avec un objectif et une rémunération fixés dès le départ.
« Un regard externe est toujours très apprécié et le dirigeant écoute différemment un freelance que son propre salarié »
Quel est, selon vous, le principal bénéfice pour une entreprise ?
Accéder à une expertise ciblée, d’abord. Ensuite, la souplesse : contrairement à un salarié classique, le freelance s’implique au-delà de ses heures et porte un intérêt réel au projet. Il ne cherche pas un contrat de travail et peut conseiller objectivement sur la nécessité, ou non, d’embaucher en interne, voire piloter le recrutement jusqu’au bout. Sans oublier la valeur d’un regard extérieur.
Qu’apporte une experte en temps partagé qu’on n’a pas forcément en interne ?
Le dirigeant écoute différemment un freelance que son propre salarié. Un salarié a été recruté pour des compétences précises ; un freelance peut se documenter et élargir son champ d’action. Ce regard externe est toujours très apprécié.
Avez-vous un exemple concret ?
Lorsque je suis arrivée dans une startup, le comptable était sur le départ. Il n’y avait pas assez de travail pour un temps plein, et peu de candidats recherchent du temps partiel aujourd’hui. Mon arrivée est tombée à pic. Après quatre journées d’échanges avec mon prédécesseur, j’ai pris le relais en totale autonomie : mise à jour de la comptabilité sur les trois dernières années, mise en place de procédures internes et de réunions hebdomadaires avec la direction. Les relations sont devenues plus fluides et régulières. Je n’avais pas besoin d’être guidée : je remontais les éléments importants à la direction sans qu’elle ait à gérer l’opérationnel.
Comment rassurer les entreprises encore hésitantes ?
Une mission est toujours formalisée par un contrat, comme le serait un contrat de travail avec la même possibilité d’y mettre fin, mais sans préavis ni congés payés à solder. Par ailleurs, le freelance a tout intérêt à s’engager pleinement : sa réputation, et donc sa capacité à trouver de nouvelles missions, repose largement sur le bouche-à-oreille.
Quel conseil donneriez-vous à un dirigeant qui hésite à franchir le pas ?
D’abord, échanger avec des confrères qui ont déjà eu recours à ce système pour recueillir un retour d’expérience. Ensuite, il y a trois moments clés : quand la croissance s’accélère et risque de submerger les équipes, quand il faut faire face à un problème complexe, et quand on souhaite optimiser ses processus internes.